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Moravagine, Blaise Cendrars

Faut-il considérer Blaise Cendrars comme un auteur romand ? Certes, il est né sous le nom de Frédéric Sauser à la Chaux-de-Fonds, mais c’est un homme d’exil, un sans-patrie, un bourlingueur.

J’ai mis longtemps à oser le lire… sa prose me semblait trop brute, trop violente. Et puis la figure du mythomane, ça a tendance à m’agacer. Mais un ami a insisté, il m’a conseillé « Bourlinguer », m’assurant qu’un voyage pareil valait la peine. Et il ne s’est pas trompé. Je suis tombé dans l’oeuvre de Cendrars avec une joie sans cesse renouvelée. Les histoires « vraies » se dévoilent, elles sont invraisemblables, indécentes, incroyables. On découvre Gênes, Anvers, Paris, Venise… Une véritable poésie se dégage de ses nouvelles, une certaine philosophie aussi.

« On ne vit pas dans l’absolu. Nul homme n’est coulé d’une seule pièce. Même un robot connaît la panne. Sans contradictions il n’y a pas de vie. »

Enthousiasmé, j’ai voulu poursuivre ma découverte de Cendrars. Je suis tombé sur « Moravagine ». Un titre bien étrange et intrigant. Je dois dire que cette lecture m’a laissé pensif. L’histoire d’un psychiatre (Cendrars?) qui se prend de complicité pour l’un de ses patients dans un sanatorium de Bern, Moravagine. Tous deux prennent la fuite. Ils sont fous, bâtissent des théories sur le monde, élaborent des plans d’attentat, prennent un bateau, se retrouvent en Amazonie. Ce roman est d’une folie furieuse, d’une violence sans nom. Je l’ai lu très rapidement, dégoûté et fasciné. Il y a d’un côté l’histoire passionnante, immorale, de l’autre les propos tenus, parfois pertinents et visionnaires, d’autres fois bêtement machistes ou racistes. Que faire de tout cela ?

Une chose est certaine, cette lecture m’a marqué. En fin de compte, je crois que je recommande la lecture de Moravagine, ne serait-ce que pour se confronter à l’oeuvre, observer l’effet qu’elle a sur soi. Et si cela ne prend pas, il ne faut pas oublier que Blaise Cendrars a aussi écrit d’autres choses, des livres magnifiques et plus lumineux tels « Bourlinguer » ou « D’Oultremer à Indigo ».