Tourner la page (avec Balzac), Arielle Meyer MacLeod

Tourner la page (avec Balzac)

La quatrième de couverture parle d’un récit bouleversant, et c’est rare, mais elle ne ment pas. La lecture de ce livre m’a laissé sans voix.
Le genre auto-fictionnel n’a pourtant pas ma préférence, d’ordinaire. Et les épanchements larmoyants des pleureuses au coeur tendre…bof. Mais MacLeod évite subtilement ces écueils.
La plume, efficace et sans fioriture, est fluide, poétique (dans le bon sens du terme), et conduit le lecteur au coeur même d’une relation achevée. Lui qui disait l’aimer, et pour toujours, est parti. Le récit de cette déchirure captive, et sans jamais devenir exhibitionniste ou sombrer dans une forme de “mon nombril et moi-même”, Arielle Meyer MacLeod livre une confession intime touchante.

J’y ai revu mes propres peines de cœur, et Dieu sait pourtant si je n’ai rien de commun avec Mme MacLeod. Je ne suis pas de la scène, je ne suis pas artiste (ni chercheur, ni enseignant à l’Uni!!!), et pourtant cet abandon et l’obligation de faire face au vide laissé par un départ m’a parlé. Car il est de l’ordre du deuil, mais ce que l’on pleure vit bel et bien, laissant des marques dans chaque instant (ils ont eu des enfants, et les mots d’amour deviennent “à quelle passes-tu prendre les enfants?” “ce week-end, ils sont chez toi ou chez moi?”). Alors comment faire? Comment pleurer le vivant? Comment se défaire du regret de ce qui aurait pu être – ce qui aurait  être – avec l’autre. Face au fait accompli, face à la brutalité d’un rêve subitement brisé par celui qui nous a aidé à le construire, comment faire? MacLeod, elle se replonge dans un article qu’elle aurait écrit des années plus tôt sur Balzac. Et ce chassé-croisé entre la trivialité d’une rupture et l’analyse sensible et rationnelle d’une œuvre fait sens, ouvre le récit, créer un lien sensible entre le réel et la littérature – qui devient ici nécessaire, fondamentale.

C’est un livre intelligent, d’une rare franchise, qui ne peut laisser indifférent. Et cette histoire de séparation, en fin de compte, donne envie d’aimer, et c’est peut-être la plus belle prouesse que puisse réussir un livre.

Tourner la page (avec Balzac) de Arielle Meyer MacLeod, Editions Zoe, 112p.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s