La Lune assassinée, Damien Murith

La lune assassinée, Damien Murith

J’ai acheté le livre parce que je le trouvais beau (ce n’est pas grâce au nom de l’auteur, puisque c’est son premier roman). Modigliani s’affiche donc en couverture de “La Lune assassinée”. Un titre évocateur, une promesse de beauté, de violence, de mystère. Tout ce que j’aime.

Le livre ne déçoit pas, dès la première ligne on est plongé dans une ambiance très lourde. Les chapitres, courts, denses, ont transformé mon voyage en train jusqu’à Genève-Aéroport (je devait aller y retrouver un ami rentré du Canada) en immersion angoissante dans un univers minuscule où les personnages s’entassent et s’étouffent.

Le style de Damien Murith est tellement millimétré, tellement exact, tellement puissant que j’ai peur d’en dire trop, de ne pas être à la hauteur, car je ne le suis pas, c’est certain.

Un livre à lire et à garder, car il mérite sans doute d’être relu.

“La Lune assassinée”, Damien Murith, L’Age d’Homme.

Sirius, Pierre Fankhauser

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Le premier roman de Pierre Fankhauser est une véritable réussite. En exploitant des genres littéraires différents, voire opposés (rapports d’enquête froids, communiqués de presse d’abord aimables puis inquiétants, dialogues très réalistes, prose poétique quasi hermétique) il dessine les contours d’un drame mystérieux.

Comment expliquer ces quatorze corps disposés en cercle au milieu de la forêt, criblés de balles, le visage recouvert d’un sac plastique? Comment expliquer les chairs carbonisées, presque fondues? Comment expliquer cette mère et son enfant?

Suicide collectif? Massacre? Emmené, malmené par les allers-retours et les détours que prend le récit, le lecteur reconstruit les causes de la tragédie. D’abord désarçonné, on apprend également à accepter la part de mystère. Pierre Fankhauser ne dit pas tout, ne donne pas tout en pâture au lecteur. Le traitement de la violence, obligatoirement présente dans ce genre d’événement, est entièrement rendu par le corps d’une danseuse, malmené dans des chorégraphie qui interrogent l’indépendance du corps contre l’esprit.

Le roman, très court, très nerveux, s’inscrit dans la tendance du “inspiré d’un fait divers”, sans pour autant céder à une écriture qui en ferait trop, qui en dirait trop (tentation exécrable qui donne vie à des ouvrages qui ne sont rien de plus que de longs articles de presse à scandale). Un auteur à suivre de près.

 

Sirius, Pierre Fankhauser, BSN Press, 2014.

Moravagine, Blaise Cendrars

Faut-il considérer Blaise Cendrars comme un auteur romand ? Certes, il est né sous le nom de Frédéric Sauser à la Chaux-de-Fonds, mais c’est un homme d’exil, un sans-patrie, un bourlingueur.

J’ai mis longtemps à oser le lire… sa prose me semblait trop brute, trop violente. Et puis la figure du mythomane, ça a tendance à m’agacer. Mais un ami a insisté, il m’a conseillé « Bourlinguer », m’assurant qu’un voyage pareil valait la peine. Et il ne s’est pas trompé. Je suis tombé dans l’oeuvre de Cendrars avec une joie sans cesse renouvelée. Les histoires « vraies » se dévoilent, elles sont invraisemblables, indécentes, incroyables. On découvre Gênes, Anvers, Paris, Venise… Une véritable poésie se dégage de ses nouvelles, une certaine philosophie aussi.

« On ne vit pas dans l’absolu. Nul homme n’est coulé d’une seule pièce. Même un robot connaît la panne. Sans contradictions il n’y a pas de vie. »

Enthousiasmé, j’ai voulu poursuivre ma découverte de Cendrars. Je suis tombé sur « Moravagine ». Un titre bien étrange et intrigant. Je dois dire que cette lecture m’a laissé pensif. L’histoire d’un psychiatre (Cendrars?) qui se prend de complicité pour l’un de ses patients dans un sanatorium de Bern, Moravagine. Tous deux prennent la fuite. Ils sont fous, bâtissent des théories sur le monde, élaborent des plans d’attentat, prennent un bateau, se retrouvent en Amazonie. Ce roman est d’une folie furieuse, d’une violence sans nom. Je l’ai lu très rapidement, dégoûté et fasciné. Il y a d’un côté l’histoire passionnante, immorale, de l’autre les propos tenus, parfois pertinents et visionnaires, d’autres fois bêtement machistes ou racistes. Que faire de tout cela ?

Une chose est certaine, cette lecture m’a marqué. En fin de compte, je crois que je recommande la lecture de Moravagine, ne serait-ce que pour se confronter à l’oeuvre, observer l’effet qu’elle a sur soi. Et si cela ne prend pas, il ne faut pas oublier que Blaise Cendrars a aussi écrit d’autres choses, des livres magnifiques et plus lumineux tels « Bourlinguer » ou « D’Oultremer à Indigo ».

Aux lecteurs

Chers lecteurs,

Je me présente: Paul Gaillard, employé de la Poste à Vallorbe. Je m’essaye enfin au blogging littéraire. Cela fait déjà de nombreuses années que mes amis me disent de créer un blog, moi qui les aiguille toujours dans leurs choix littéraires et qui défend corps et âme la littérature romande. Je n’ai jamais osé jusqu’à aujourd’hui, pensant bêtement que la critique littéraire était un domaine réservé aux universitaires, aux gradés académiques. Mais pourquoi renoncer, lorsque l’on a l’envie et la passion?

Je vous ferai donc part de mes coups de coeur et de mes coups de sang, qu’il s’agisse de littérature actuelle ou de classiques helvétiques. Vous l’aurez compris, mon blog aura une forte orientation locale! Car c’est en soutenant la culture de son pays que l’on garantit sa santé!

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