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Le dernier échangeur – Daniel Abimi

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Puisque l’on s’est intéressé à un polar romand dont le déroulement se passe à Lausanne, nous ne pouvions pas renoncer à la lecture du “Dernier échangeur” de Daniel Abimi.

A la différence du Paul Bréguet de Sébastien Meier, le personnage principal, Michel Rod est un journaliste. Autre différence notable, il ne part pas en vrille au cours du récit : il semble être en vrille depuis longtemps – quoique la chose s’accentue de page en page. On retrouve donc un journaliste alcoolique qui fréquente assidûment les bistrots, les putes et sa vieille mère collée à une télévision abrutissante. Et le pauvre homme, toujours en quête d’un scoop qui pourrait faire vendre son “canard”, de tomber sur un médecin esthétique torturé et assassiné quelque part dans le bois de Sauvabelin (encore!).

S’ensuit une série de meurtres et de situations parfois cocasses, parfois franchement peu crédibles, mais toujours glauques. Rod passe son temps à se saouler, à ne plus se souvenir, à vomir, et à reboire, et à fumer, et à fumer, et à fumer encore – ainsi que tous les personnages d’ailleurs, dont la seule occupation, semble-t-il, est de fumer. Il pleut durant tout le livre excepté à la fin. Et finalement, on s’ennuie. L’histoire ne rebondit pas beaucoup, on se perd au milieu de tous ces personnages dont on comprend à peine qui ils sont.

La noirceur de ce livre me semble surfaite (tout comme certains dialogues où on décèle une audiardisation étonnante et qu’on peine, une fois de plus, à trouver crédible ; “t’as des pudeurs”), et à la différence des critiques que l’éditeur aura ingénieusement placées à la fin de son édition de poche, je peine à trouver suffisant le fait que le livre se passe à Lausanne. Bien trop de scènes me semblent complètement invraisemblables.

En résumé, la lecture de ce livre est lourde, le cœur de l’histoire sans réelle consistance (si les crimes sont bien décrits, les mobiles semblent plus aléatoires et un peu trop légers) et les personnages sans réelle nuance – bourrés, fumeurs, désabusés. Quant au dénouement final, on y croit moins encore que le reste, et on a presque envie de rire !

Non, ce n’est pas parce qu’il montre “le côté sombre de la ville” que ce roman tient la route. Personnellement, je regrette l’univers unilatéralement pluvieux et gris de ce bouquin, où les constantes scènes morbides, le sexe débridé et le cynisme perpétuel peinent à trouver une justification.

Daniel Abimi a signé un deuxième livre, “Le cadeau de Noël”, censé être la suite du “Dernier échangeur”, où l’inspecteur Mariani prend le pas sur l’alcoolique Rod dont le foie n’a pas encore rendu l’âme. En espérant que ce deuxième opus soit plus aéré, plus rythmé aussi que le premier, et que l’auteur s’écoute un peu moins écrire “du polar lausannois”.

 

Daniel Abimi, Le dernier échangeur, Bernard Campiche éditeur, 319p.